C dans l’air et les portiques de la discorde (InfoEquitable)

Titre original : C dans l’air et les portiques de la discorde
Date de publication : 30 juillet 2017
Site de publication : InfoEquitable
URL du site : http://infoequitable.org
URL de l’article : http://infoequitable.org/c-dans-lair-et-les-portiques-de-la-discorde
Auteur de l’article : InfoEquitable

Le grand avantage d’un débat, c’est qu’il est possible d’y présenter différents points de vue. Sur un sujet comme Jérusalem, secouée depuis deux semaines par des attentats et des émeutes autour du mont du Temple, les opinions sont justement très contrastées. Mais sur le plateau de C dans l’air , qui a réuni sur France 5 mardi 25 juillet quatre invités autour du thème : « Israël : les portiques de la discorde », c’est le consensus qui régnait : le titre de l’émission se ralliait à la posture palestinienne consistant à incriminer les portiques de sécurité (et donc Israël, qui les avait pourtant installés en réaction à un attentat) pour les troubles de Jérusalem.

Chaque édition de C dans l’air attire en moyenne 1,5 million de télespectateurs. Une telle influence mérite attention.

Pour ce numéro, le présentateur Axel de Tarlé avait convié :

  • Pascal Boniface, directeur de l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS)
  • Georges Malbrunot, journaliste au Figaro
  • Agnès Levallois, maître de conférence à Science Po, vice-présidente de l’Institut de Recherche et d’Études Méditerranée Moyen-Orient (iReMMO)
  • Samy Cohen, directeur de recherche au Centre de recherches internationales de Science Po (CERI)

 

L’introduction d’Axel de Tarlé s’inscrivait dans la lignée du titre en faisant référence à « l’esplanade des Mosquées, troisième lieu saint de l’islam » (une affirmation omniprésente mais contestable) – sans mentionner que le mont du Temple est pour les Juifs leur lieu saint le plus important.

Axel de Tarlé interpellait alors Pascal Boniface en lui demandant « pourquoi de simples portiques peuvent susciter une telle colère » et, surtout, « ça représente quoi cette esplanade des Mosquées ? » Réponse incroyable de Pascal Boniface : « C’est le troisième lieu saint pour les musulmans qui ont une crainte parce qu’il est revendiqué par certains extrémistes israéliens qui disent qu’il y a un lieu aussi sacré pour les juifs et qui veulent s’en emparer. »

Tous les Juifs qui se marient dans le monde brisent, à la fin de la cérémonie, un verre et souvenir de la destruction du Temple de Jérusalem en l’an 70 par les Romains. Ils considèrent donc le lieu comme sacré. Sont-ils tous des « extrémistes israéliens » ? Sinon, Pascal Boniface fait une drôle de confusion pour un spécialiste en relations internationales…

Quant aux visées des Juifs sur l’esplanade dont ils voudraient « s’emparer », il s’agit (comme le démontre un nouvel article dans Causeur) de la reprise d’une accusation infondée utilisée depuis près d’un siècle par les islamistes pour fanatiser les foules arabes.

Révélateur de cette habitude partiale d’utiliser la terminologie islamisée, Samy Cohen se fera reprendre plus tard dans l’émission quand il parlera de la politique israélienne sur « la question de la souveraineté du mont du Temple »… Immédiatement, Axel de Tarlé le coupe : « mont du Temple, c’est l’esplanade des Mosquées… » Samy Cohen confirme, « le mont du Temple pour les Israéliens [NDLR pas seulement les « extrémistes » cette fois… mais encore un petit effort ! Tous les Israéliens ne sont pas juifs, mais tous les Juifs même non israéliens se tournent vers le mont du Temple pour prier], l’esplanade des Mosquées pour les musulmans. »

Six minutes après le début de l’émission, Axel de Tarlé pose une question qui aurait dû être la première : pourquoi Israël a-t-il décidé d’installer ces portiques de sécurité ? Samy Cohen explique qu’il y a eu un attentat commis par des Arabes et que « les armes étaient cachées dans la mosquée, d’où l’idée d’un système de contrôle qui pourrait détecter les armes. »

Cette vérité est immédiatement nuancée : « Je me demande si le portique n’est pas un symbole des fourches caudines par lesquelles il faut passer symboliquement sous le contrôle des Israéliens pour accéder sur un territoire sur lequel les Palestiniens ont la souveraineté. » On rappellera que les Palestiniens n’ont pas la souveraineté sur le mont du Temple, qui est administré par la Jordanie et où, selon Samy Cohen lui-même, « la sécurité est assurée par la police israélienne. » Et il n’y a qu’à Jérusalem que les « fourches caudines » dont les mêmes terroristes islamistes ont imposé la mise en place dans tous les aéroports du monde, dans les musées et dans les bâtiments publics, dérangent…

L’émission est émaillée de reportages. Le premier d’entre eux : « Israël a retiré les portiques mais la colère ne s’apaise pas ». Tout est dit, les portiques ne sont qu’un prétexte.

Le reportage commence par des « fidèles venus prier dans le calme », une « protestation pacifique » (quoi de plus pacifique que des « fidèles »?). Puis est rappelé le meurtre de deux policiers par trois Arabes et, point très important, sont montrés des extraits de la vidéo de la police israélienne qui « prouve selon lui (le gouvernement) que le terroriste et un complice auraient caché des armes sur l’esplanade des Mosquées ».

 

Seulement, c’est « selon le gouvernement »… Ensuite, le reportage parle des violences et évoque l’assassinat, vendredi soir, de « trois colons israéliens » (en les qualifiant de colons, on en fait les coupables de leur sort) par un Palestinien. Là, les journalistes auraient pu montrer les images choquantes de la salle à manger maculée de sang, qui auraient dévoilé aux téléspectateurs l’horreur d’un crime perpétré contre des civils juifs partageant un repas de famille ; mais ils ont trouvé comment choquer encore plus.

 

Alors que le narrateur relate l’assassinat de cette famille, l’image montre un bulldozer israélien parti détruire la maison de la famille de « l’assaillant » (terme militaire impropre à décrire le meurtre de civils) : message subliminal, Israël est violent et n’a rien à faire sur ces terres, ces « colons » ont bien mérité leur sort !

Tout aussi abject, un rituel vu après de nombreux attentats est répété : la télévision interviewe le père du terroriste qui, bien sûr, est une sainte-nitouche et « n’aurait pas mené une telle opération sans la pression de l’occupant sur la mosquée d’al-Aqsa ».

 

Justification de la terreur servie sans commentaire auprès de milliers de téléspectateurs…

Georges Malbrunot commet lui aussi quelques approximations. Il parle de l’incident de l’ambassade d’Israël en Jordanie qui a précipité le règlement de la crise en disant que deux Jordaniens ont été tués par un agent de sécurité de l’ambassade : ce qu’il ne dit pas, c’est que l’agent a réagi à une attaque de l’un des deux Jordaniens qui l’a d’ailleurs blessé (la seconde victime a malheureusement été tuée par erreur lorsque l’agent de sécurité a ouvert le feu pour se défendre). Un peu plus tard, il parle de l’Arabie saoudite et d’Israël comme « des Etats religieux » : personne n’y prête attention, et on assimile ainsi Israël à une théocratie… Monsieur Malbrunot ayant passé plusieurs années à Jérusalem comme correspondant ne peut ignorer qu’Israël est l’Etat démocratique du peuple juif, un concept très différent du royaume autoritaire et religieux saoudien.

Approximation encore : Samy Cohen, en parlant de « Daesh » au Sinaï : « Vous avez aussi des infiltrations dans les territoires occupés. » – Axel de Tarlé : « A Gaza alors ? » – Samy Cohen : « Oui »… Tout cela douze ans après qu’Israël se soit retiré de Gaza.

Suit un reportage sur Hébron et son inscription au patrimoine mondial de l’Unesco comme « site palestinien en danger », ce qui a fait bondir Israël. La ville abrite, le reportage le dit, le tombeau des Patriarches. Il s’agit bien sûr d’Abraham, Isaac et Jacob, les Patriarches dont la Bible hébraïque[1] retrace la vie dans cette région de Judée il y a plus de 3 000 ans, longtemps avant la naissance du concept de « Palestine ».

Le reportage s’ouvre sur les interviews de plusieurs musulmans, qui accusent Israël d’occuper le lieu et de vouloir le vider de ses fidèles musulmans. Vient ensuite la description des habitants juifs d’Hébron : « une centaine de familles juives. Des rues protégées par 1500 soldats israéliens, trois fois plus que les colons. » Georges Malbrunot rappellera cette disproportion : mais de quoi est-elle le signe ? De quels voisins les « colons » se protègent-ils ? Il y a quand même parmi les Palestiniens de Hébron des gens capables de s’introduire dans une maison et d’assassiner une jeune fille de 13 ans dans son sommeil, juste parce qu’elle est Juive.

Vers la fin du reportage, l’histoire juive de la ville est rappelée, avec la reconstruction du « Hébron juif d’avant 1929 où une partie d’entre eux furent tués, les autres évacués » et de « la synagogue que les Arabes avaient transformée en bains publics. » Les faits sont donc connus et justement rappelés… mais alors comment conclure en parlant d’ « une colonie enracinée à l’intérieur de la ville. Un cas unique en Cisjordanie, non reconnu par la communauté internationale, comme un miroir de Jérusalem » ? Curieuse « colonie » juive dans une ville au passé juif aussi avéré qu’à Jérusalem…

Axel de Tarlé interroge : pourquoi Israël est elle furieuse (de l’inscription d’Hébron à l’Unesco) ?

Réponse de Pascal Boniface : « parce qu’Israël ne veut pas de médiation internationale… »

Axel de Tarlé : « L’Unesco dit que c’est un joyau, pourquoi Israël le prend mal ? »

Boniface continue : « parce qu’Hébron est une caricature de ce que peut donner l’occupation… Quelques centaines de colons rendent la vie infernale aux Palestiniens. »

Et la négation de l’Histoire juive par l’Unesco, ne serait-elle pas pour quelque chose dans la réaction d’Israël ?

Cette histoire, Axel de Tarlé la reconnaît : « il y a deux logiques, il y a aussi les israéliens qui disent nous étions là, nous avons été chassés en 1929. »

Agnès Levallois, elle, n’a pas envie de creuser si haut. « C’est un territoire qui a été quand même occupé par la force en 67. »

Sans aller jusqu’à 1929 (ou jusqu’à l’antiquité, les Juifs ayant été présents à Hébron depuis plusieurs millénaires), il est quand même curieux de ne pas dire qu’Hébron était occupée par la Jordanie de 1949 à 1967 ; la guerre des Six-jours de 1967 ayant résulté d’une nouvelle tentative arabe de détruire Israël.

Peu importe, finalement, quand on a comme Agnès Levallois une devise, « L’entrave à cette situation c’est la poursuite de la colonisation, » que l’on martèle à l’appui d’une thèse : le conflit serait politique et non religieux (ça tombe sous le sens, parlant d’une dispute autour d’un Temple et de mosquées…).

 

Beaucoup de défenseurs d’Israël ont avancé un argument repris dans une question de téléspectateur : « Ce genre de portiques n’existe-t-il pas déjà à la Mecque et au Vatican ?  En quoi cela pose-t-il un problème sur l’esplanade des mosquées ? »

Georges Malbrunot : « C’est pas un territoire occupé, la Mecque ou le Vatican. »

Argument logique, si l’on considère qu’Israël est un occupant à Jérusalem ; mais Israël se considère comme légitime à Jérusalem.[2]

Georges Malbrunot se veut équilibré : « On a beaucoup chargé l’occupation israélienne, ce qui est vrai, mais les Palestiniens feraient bien aussi de s’unir » (il évoque les différends entre Fatah et Hamas).

Équilibre tout relatif : en une heure d’émission, pas un des invités n’a trouvé le temps de parler de l’incitation palestinienne à la haine d’Israël [3], que ce soit dans l’éducation ou à travers les rémunérations accordées aux terroristes et à leurs familles. Et Georges Malbrunot parle du « Hamas palestinien, qui a mis de l’eau dans son vin mais qui reste un mouvement radical considéré comme terroriste par l’UE. » Quelle eau dans le vin ? La charte du Hamas appelle toujours à la destruction d’Israël…

Alors que la fin de l’émission approche, une question unilatérale est posée : « Y a-t-il une paix possible avec l’actuelle coalition de droite qui est au pouvoir en Israël ? »

 

Question logique, mais à laquelle il manque la deuxième partie : une paix est-elle possible avec le Fatah à la tête de l’Autorité palestinienne et le Hamas au pouvoir à Gaza ? Pascal Boniface ne s’en soucie pas, il désigne les empêcheurs de faire la paix, uniquement israéliens : « Avec cette coalition aucune parce que le parti des colons a une sorte de droit de veto sur Netanyahou qui lui-même d’ailleurs n’est pas un franc partisan de la paix. » Que Mahmoud Abbas « salue chaque goutte de sang versée pour Jérusalem, » que chaque terroriste reçoive un salaire de l’Autorité palestinienne financé en partie par des subventions européennes, n’entre pas dans les considérations de Pascal Boniface.

La discorde règne à Jérusalem. En France, c’est la confusion que l’on installe dans les esprits en faisant intervenir des spécialistes si peu rigoureux.

Si vous souhaitez reproduire cet article, merci de demander une autorisation écrite préalable à InfoEquitable.


Annotations :

[1] = La Ma’arat Ha Makhpella, le Caveau des Patriarches, est aussi le caveau de nos matriarches : Sarah, Rivka et Léa.

[2] = Le sujet n’est pas qu’Israël se considère ou non comme légitime mais qu’il l’est historiquement, religieusement et au regard du droit international.

[3] = L’incitation palestinienne à la haine ne prend pas uniquement pour cible les Israéliens, mais elle inculque également la haine des Juifs en diffusant de vieux poncifs de l’antisémitisme classique.

‘Ami Artsi עמי ארצי

Et vous, vous en pensez quoi ? (commentaire)

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s