Vous croyez avoir ? Vous ne possédez plus rien ! (‘Ami Artsi עמי ארצי)


La démat’, une vraie fausse bonne idée !

« Il faut vivre avec son temps ! Débarrassez-vous de vos vieux livres, de vos vieux disques, de vos vieux DVDs/Blu-ray, de vos vieux jeux, et entrez dans le monde moderne et high tech des nouvelles technologies ! »

Voilà ce que l’on vous répète à longueur de temps !  Voilà comment on remplace tout ce que vous avez par tout ce que vous ne posséderez jamais, et avec votre consentement actif, en plus !

L’ebook

« Vous en faîtes pas, c’est la même chose ! C’est la continuité logique du livre ! Cela vous fait juste gagner de la place et avoir l’air plus à la page ! » (à l’e-page, en réalité !) 

 

« Vous voulez continuer d’avoir l’air d’un ringard ? Non ? Alors achetez votre ebook ! »

Lorsque vous achetez un ebook, vous ne pouvez pas être absolument sûrs que son contenu soit identique à celui de l’oeuvre originale qui, elle, est sur papier. Et s’il l’est, rien ne vous garantit qu’il le sera demain. En effet, technologiquement, il est possible pour les éditeurs d’ebooks  de modifier à distance le contenu de vos ebooks et même de supprimer en toute légalité un ebook que vous lui avez acheté. Donc, il vous est possible d’avoir entre les mains et sans le savoir une version censurée de l’oeuvre originale, mais en plus de chercher un de vos ebooks et de ne plus le retrouver parce qu’il a été supprimé par l’éditeur.

Ça s’est déjà vu : Amazon a déjà supprimé du contenu de ses ebooks, des images et du texte, parce qu’ils étaient érotiques.

Comment cela est-il possible ?

Techniquement, rien de plus simple : lorsque vous téléchargez un ebook, vous téléchargez avant tout un programme et vous l’installez sur votre machine (tablette, PC, etc) et, en le faisant, le plus légalement du monde, vous acceptez de laisser l’éditeur de l’ebook (Google, Amazon, etc) à avoir un contrôle dessus en terme de mises à jours et autres modifications. Pour pouvoir utiliser votre ebook, vous devez accepter d’emblée ces conditions (et sans chougner !). Dès lors, vous garantissez à l’éditeur un accès à votre machine pour modifier cet ebook. Concrètement, c’est comme si vous autorisiez un Troyen à entrer dans votre machine et à en modifier le contenu, sauf qu’ici, le contenu est limité à votre ebook. En acceptant les conditions générales d’utilisation que personne ne lit jamais tant elles sont longues, compactes et opaques, vous installez le programme de votre ebook qui contient ce « Troyen », vous l’activez et vous créez une backdoor (une porte dérobée) sur votre machine qui permet à l’éditeur de modifier les fichiers que vous avez téléchargé ou même de les supprimer. Si vous n’acceptez pas les conditions générales, vous vous excluez illico du droit d’usage de votre ebook et celui-ci ne s’installe donc pas sur votre machine.

Ce qui est réellement nouveau dans l’ebook n’est pas sa technologie mais la roublardise qui vous met, en toute légalité, en situation de devoir accepter d’installer une sorte de virus sur votre machine pour pouvoir l’utiliser.

Enfin, les ebooks tuent les magasins physiques, à commencer par les vulnérables d’entre eux, les librairies qui sont une oasis de culture dans un quartier.

 

Le MP3 

« Transportez toutes vos musiques partout avec vous, écoutez des millions de titres partout où vous allez sans vous démettre une épaule et vous froisser un muscle ! Tout cela est possible grâce au format MP3, un format léger qui permet de stocker des millions de titres rapidement, simplement et pour une somme modique ! »

« Vous en faîtes pas, c’est la même chose ! C’est la continuité logique du disque ! Cela vous fait juste gagner de la place et vous permet de suivre le rythme ! »

On connaît la chanson…

En réalité, le MP3 (le MPEG-1/2 Audio Layer III, de son véritable nom) est un format compressé lossy (avec pertes de données). C’est précisément ce pourquoi il est si léger. Le MP3 existe depuis les années 90 et les premiers PC qui n’avaient pas beaucoup d’espace-disque, mais s’est popularisé et diffusé à très large échelle avec Internet.

Le format MP3 est toujours compressé et il est donc toujours à perte. Pour vous donner une idée, la meilleure compression MP3 est à 320 Kbps (Kilobits par seconde). Un CD contient des fichiers non-compressés (lossless), donc sans perte, à environ 1 400 Kbps. Vous voyez un peu la différence (enfin, surtout, vous l’entendez !). On perd à peu près 1080 Kbps de données, ce qui n’est pas rien !

Et encore ! Je n’ai pas évoqué les MP3 les plus compressés qui ne sont à 120 Kbps ! Avec eux, on perd 1 280 Kbps de données !!!

Il existe d’autres formats de fichiers de musiques dématérialisés, comme le AAC d’Apple 256 Kbps voire 320 Kbps, mais ces formats sont aussi des formats lossy (avec perte de données).

Le marché n’a aucun intérêt à vous vendre des formats lossless (sans pertes) comme le Wav ou l’AIFF, le Flac qui restitue la qualité audio CD, car c’est un format identique en qualité sonore et en poids au format CD alors que l’objectif du MP3 est de permettre le stockage massif et donc, pour pouvoir le faire, d’éliminer des données audio afin d’alléger chaque fichier.

Le mieux, quand on veut avoir sa musique sur sa machine, c’est donc de riper son CD en format Wav, Flac ou AIFF. Le poids des fichiers est plus lourd que le format MP3 mais permet d’en conserver la meilleure qualité possible. Mais on en revient à acquérir le CD, et donc avoir recours au matériel et pas non à la démat’. Ce qui démontre encore une fois la supériorité de l’objet sur le format dématérialisé.

Enfin, les formats dématérialisés en musique tuent les magasins physiques, à commencer par les plus fragiles d’entre eux, les petits disquaires qui participent tant à la vie d’un quartier !

Les vidéos en ligne

« Visionnez tous vos films préférés à tout moment et partout où vous allez ! Tout cela est possible avec la V.O.D et le Streaming, des milliers de titres accessibles rapidement et simplement en illimité depuis votre PC, votre Smartphone, votre iPad ou votre iPhone ! »

« Vous en faîtes pas, c’est la même chose ! C’est la continuité logique du DVD/ Blu-ray ! Cela vous fait juste gagner de la place et vous permet de moderniser votre image ! »

Tout ça, c’est du cinéma !

Le Streaming (ou la V.O.D) vous permet, moyennant un abonnement, de visionner des films (le plus souvent en format compressé à pertes donc en mauvaise qualité vidéo et audio).

La V.O.D (Video On Demand) vous permet de vous inscrire sur un site, de télécharger un programme qui vous permettra de visionner des films et même de les télécharger ! Mais pas sur votre machine, ne rêvez pas ! Uniquement sur votre compte hébergé sur les serveurs de ce site !

Le catalogue de ces sites n’est pas permanent. Il est, bien au contraire, régulièrement renouvelé. Par soucis de bande passante, les plus anciennes références sont régulièrement supprimées pour laisser la place aux plus nouvelles.

La qualité vidéo et audio, même quand la plaquette publicitaire prétend que c’est de très haut niveau (1080p / Full HD), ça n’atteint jamais, au grand jamais la qualité Blu-ray.

1080p (1080 pixels), c’est la qualité Full HD que l’on retrouve sur les Blu-ray. Pourtant un film diffusé en Full HD sur Internet n’a absolument pas la même qualité que celui que l’on voit sur un Blu-ray !

La raison ? Pour la diffusion d’un film en Full HD sur Internet, on considère qu’il faut entre 5 et 7 Mbps (Mégabits par seconde).

Le Blu-ray, lui, délivre une qualité entre 19 et 40 Mbps, ce qui implique une qualité d’image bien supérieure.

En plus de cela, la vidéo en ligne n’est pas « propre ». Elle comporte des traces qui ne figurent pas sur la vidéo Blu-ray (des pixels se baladant sur les images, des images fantômes, des problèmes de rémanence,etc…).

Le Blu-ray offre une très bonne fluidité, une image non pixelisée, où l’on perçoit le grain de la pellicule, sans rémanence, sans soucis de débit et sans image fantôme.

Au niveau du son maintenant : la qualité sonore des vidéos en ligne en Full HD peut être très bonne : Dolby Digital Plus, voire en 5.1.

Le Blu-ray, lui, a tout de même une qualité sonore bien supérieure puisqu’elle les sons peuvent être stockés en PCM (sans compression du tout) en DTS HD Master Audio, en Dolby True HD, en Dolby Atmos, jusqu’en 7.1 !

En clair, le Streaming (ou la V.O.D) en format classique offre une moins bonne qualité que le DVD. Son format Full HD (1080p) offre une meilleure qualité vidéo que le DVD mais n’atteint toutefois pas le niveau de la qualité Blu-ray basique qui lui reste de loin bien supérieur !

Important, je le répète : les vidéos en ligne ne sont pas téléchargeables sur votre disque dur et vous ne pouvez pas les graver. Les DVDs et les Blu-rays non plus mais vous n’avez pas besoin de le faire puisque vous les avez déjà chez vous !

 

 

Le jeu vidéo en démat’

« Jouez à vos jeux en ligne à tout moment et partout où vous allez ! Tout cela est possible avec votre plateforme adorée Origin, Steam, etc (choisissez), une plus vaste expérience de jeu occupant peu d’espace disque ! »

« Vous en faîtes pas, c’est la même chose que vos anciens jeux sur DVDs ! C’en est la continuité logique et cela vous fait économiser de la place sur votre disque dur ! Alors, entrez dans le jeu ! »

La démat’ s’attaque aussi depuis quelques temps aux jeux vidéos. Je ne vous parle pas ici de jeux exclusivement en ligne, les MMO (ou MMORPG), qui sont des jeux massivement multijoueurs, je vous parle de jeux vidéos, au départ, solitaires.

Quatre plateformes de jeu ont vu le jour : Origin (EA Games), Steam, DLGamer, et Uplay (Ubisoft). Jusque récemment ces plateformes permettaient les mises à jours automatiques des jeux ainsi que les sauvegardes automatiques en ligne, mais depuis quelques temps, les 3 premières ont changé leur politique (ou en tous cas, l’ont renforcée). Elles proposent désormais le téléchargement de jeux intégraux en ligne s’engageant ainsi clairement dans la démat’.

Où est le problème ?

Le temps de téléchargement peut prendre facilement plus de 10 heures même lorsque l’on est en ADSL ! Le téléchargement du jeu est soumis à la bande passante, même en Haut débit, ce qui veut dire que lorsque plusieurs personnes le téléchargent en même temps, la durée de téléchargement s’accroît. Mais même sans cela, le temps téléchargement + installation du jeu est beaucoup BEAUCOUP plus long que l’installation depuis un ou des DVDs comme c’était le cas classiquement.

Alors certes, des jeux comme Dishonored 2 ou Mass Effect Andromeda (qui sont mes deux grosses déceptions des années 2016-2017, mais ce n’est pas le sujet) sont des jeux lourds (Dishonored 2 : 33,8 Go et Mass Effect Andromeda : 45 Go !!), mais ce n’est pas une raison : Assassin’s Creed Unity et Assassin’s Creed Syndicate (excellents jeux, au passage !) font chacun 50 Go, et pourtant, on les installe en quelques minutes ! (à titre d’indication, les jeux classiques font entre 8 et 15 Go)

La différence ? Ubisoft a, pour le moment en tous cas, eu la brillante idée de ne pas céder aux sirènes de la dématérialisation débridée, et je remercie sincèrement l’éditeur pour cela !

Les deux volets d’Assassins’s Creed comprennent chacun 5 DVDs d’installation, tandis que Dishonored 2 a un seul DVD ne contenant que 20% du jeu, le reste, les 90% restants, sont à télécharger sur le serveur de Steam !

Quant à Mass Effect Andromeda, le boîtier que l’on reçoit ne contient aucun DVD, le boîtier est donc vide, avec un clip pour maintenir un DVD qui n’existe pas, et dans ce boîtier, on trouve juste un numéro, il s’agit d’une clé d’activation qui nous permet de télécharger le jeu sur Origin… Le jeu est donc entièrement sur le serveur de la plateforme d’EA.

Le prix n’est pas moins élevé (bien au contraire, il est très, TRÈS élevé (50,00 € pour Mass Effect Andromeda en neuf dès sa sortie) !) et les plateformes ne garantissent pas une meilleure stabilité des jeux. Au contraire, les plateformes rencontrent souvent des bugs de serveurs qui font planter les jeux. 

Conclusion 

Avec la démat’, on a de la qualité inférieure, on n’achète plus l’objet lui-même mais seulement la licence qui nous donne le droit d’utilisation du fichier que contenait l’objet à l’origine, on est exposé à des risques de modification (censure) et/ou de suppression à distance depuis le serveur du fichier en question (ce qui veut clairement dire que vous n’êtes plus propriétaire de ce que vous achetez, l’éditeur l’est !), des risques de dégradations pour nos yeux et nos oreilles, des problèmes écologiques (le silicium, un des composants de fabrication des déchets électronique, met entre plusieurs siècles et 1 000 ans à se décomposer)…  On se fait avoir, les amis ! On se fait avoir !!

Et tout ça au nom de quoi ? Un gain de place ???

Regardez à quoi ressemblerait votre appartement si vous vous plongiez dans le tout démat’ comme on souhaite partout vous le faire faire.

Voilà la maison du futur !

Dois-je aussi vous montrer la ville du futur ? Sans magasins, sans boutique mais ornée d’entrepôts interdits au public parce que ce ne sont pas des magasins ?

 

‘Ami Artsi עמי ארצי

3 thoughts on “Vous croyez avoir ? Vous ne possédez plus rien ! (‘Ami Artsi עמי ארצי)

  1. Merci pour certaines précisions techniques que je ne connaissais pas. L’e-book est une horreur (à mon sens). J’aime les bibliothèques (même si elles rendent fatigant le déménagement). Le MP3, je ne l’ai jamais utilisé (j’aime le son clair des vinyles). Je ne regarde les vidéos en ligne qu’exceptionnellement, et se sont généralement des conférences (les merveilleuses conférences d’Akadem, par exemple). En fait, j’éprouve pleinement ce que tu écris dans cet article. Simplement, Internet est un merveilleux outil de recherche (parmi d’autres), rien de plus, ce qui est déjà beaucoup.

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    1. L’ebook, c’est le livre électronique…

      Comme tu disais « Je dois te faire une confidence : je suis un « fétichiste » du livre, du papier ; et pourtant, je ne suis pas hostile à Internet que je vois aussi comme un prolongement des bibliothèques, du papier. Il y a une fluidité entre Internet et les bibliothèques. Digitalisation (j’ai trouvé des merveilles) mais aussi commandes (des livres que je cherchais désespérément et que j’ai pu débusquer sur un autre continent, grâce à Internet). »

      et

      « Internet, c’est aussi (pour qui le veut) des millions de fois la bibliothèque d’Alexandrie… « , je pensais que tu connaissais bien les ebooks (des livres électroniques ou « digitaux »).

      Comme outil de recherche, oui, Internet peut brasser beaucoup de données et donc pêrmet de faire des recherches plus larges rapidement, mais les résultats ne sont pas toujours au rendez-vous et quand ils y sont, ce ne sont pas toujours des résultats appropriés, quand on fait des recherches pour une thèse, etc.

      Quand on cherche des livres ou des journaux, tout n’est pas trouvable sur Internet, et quand on cherche un article précis, il n’est pas rare qu’il ne soit plus disponible ou alors vendu arbitrairement à des prix prohibitifs.

      La recherche d’un livre, on pouvait la faire faire par un libraire avant qu’Internet n’existe. En plus le réseau était plus sûr qu’aujourd’hui avec Internet où l’on peut tomber sur du recel, de la contrefaçon et des arnaques. Ce n’est donc pas une véritable avancée, Internet, sur ce point. Déjà parce qu’il était déjà possible avant Internet de retrouver des livres rares (via les librairies, les maisons d’édition, et ce n’est donc pas un apport spécifique d’Internet, mais en plus parce que la recherche faite par nous peut nous exposer à des risques sur la provenance et la nature du produit, comme évoqué plus haut) ou être une arnaque (prix exagéré par rapport à la valeur réelle de l’objet, argent envoyé, commande jamais envoyée, etc…)

      Merci de ton commentaire, Olivier 😉

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  2. Oui, on peut accorder cela à Internet : le gain de temps. Mais celui-ci s’inscrit dans son principe général d’immédiateté, et même l’instantanéité, du Web. Mais ce principe global a des conséquences directes sur la vie et, donc, le caractère des gens. C’est ce qui fait qu’on ne sait plus attendre, qu’un évènement n’en est plus un, qu’on ne ressent plus la satisfaction d’obtenir ce qu’on a mis du temps à chercher et à trouver, etc…

    C’est aussi cette instantanéité qui conduit à des quiproquos (des quiproquos du genre de celui que nous avons eu sont fréquents sur le Web entre les internautes, et le nôtre n’est pas le pire. Parce que les gens prennent l’habitude d’un rythme trop rapide pour eux et ne prennent plus le temps d’avoir du recul, ni pour utiliser des mots précis (dans ton cas) ni pour réagir calmement en discutant sans s’emporter, sans réagir à chaud (dans le mien)).

    C’est cette instantanéité qui permet aux pousse-au-suicide d’accomplir leurs objectifs en démultipliant par le nombre d’intervenants complices et l’aspect synchronisé de l’attaque, la puissance de leur harcèlement sur leurs victimes, c’est encore elle qui permet la très haute diffusion d’intox, de propagande de haine antisémite, raciste, homophobe, etc.

    C’est cette instantanéité qui permet à des terroristes de coordonner beaucoup plus facilement leurs actions et d’injecter leur venin dans les réseaux sociaux qui sont la fonction du web qui représente de manière la plus aboutie cette immédiateté présente sur le Web…

    Donc oui, pour un cas d’utilisation positive, combien d’inconvénients ?

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