Qu’arrive-t-il à l’Anti-Defamation League ? (Charles Jacobs)


Le 4 juin 2017

Article de Charles Jacob, publié sur le site The Algemeiner et traduit en français pour Israëlia le 5 juin 2017 par ‘Ami Artsi עמי ארצי

(Charles Jacobs est le Président d’Americans for Peace and Tolerance et l’Assistant Directeur de son récent film, Hate Spaces – the Politics of Intolerance on Campus, qui dénonce l’attaque idéologique lancée contre les étudiants juifs dans les campus américains.)

Jonathan Greenblatt

Où est l’Anti-Defamation League (A.D.L.) ?

Alors qu’un « nouvel antisémitisme » classe l’Etat juif comme la plus cruelle des nations, et les Juifs qui le soutiennent comme « racistes », l’Anti-Defamation League. est restée totalement muette. Les mensonges sont diffusés dans les journaux, les églises et les classes universitaires. Sur les campus, les étudiants juifs sont harcelés et intimidés. Même les programmes scolaires dans les lycées et collèges publics sont polarisés contre Israël. Pourtant l’Anti-Defamation League, qui pourtant était autrefois l’agence de défense du peuple juif, semble incapable ou peu disposé à riposter efficacement.

Cas d’école : Linda Sarsour, une islamiste viscéralement anti-israélienne, qui est une défenseuse de terroristes, une avocate de la Sharia, a été conférencière à l’Université de New York City (CUNY) à l’occasion de la remise des diplômes de l’Ecole de Santé Publique, le 1er juin.

Pourtant, c’est après des semaines de silence, et seulement après avoir été réprimandée par son silence, que l’Anti-Defamation League s’est enfin décidée à faire une déclaration critiquant Sarsour (Madame Sarsour est une antisémite qui se bat pour interdire l’accès des femmes juives au mouvement « féministe » jusqu’à ce qu’elles renoncent à Israël et qu’elles tweetent « Rien n’est plus monstrueux que le sionisme »).

Mais même la critique tardive de Sarsour par l’Anti-Defamation League, écrite par son directeur général, Jonathan Greenblatt, était faible.

La déclaration de l’A.D.L. rejetait le soutien de Sarsour au B.D.S., mais soutenait la décision de l’Université de New York City de l’inviter, invoquant son « droit à la liberté de parole ». Pourtant, en tant qu’ancien administrateur l’Université de New York City, Jeffrey Weisenfeld a souligné qu’autoriser quelqu’un à s’exprimer et lui donner l’une des plateformes les plus honorées qu’une université puisse offrir sont deux choses différentes. Même Abe Foxman, le légendaire dirigeant de l’Anti-Defamation League qui, raconte-t-on, a choisi Greenblatt comme héritier a déclaré, sans ciller, aux reporters que l’Université de New York City n’aurait pas dû inviter Sarsour.

Le problème de l’A.D.L., c’est qu’elle n’a jamais su quoi faire du « nouvel antisémitisme » – ce que représente tout-à-fait Sarsour.

Quand les ennemis du peuple juif étaient seulement les Nazis, les néo-Nazis, les chrétiens antisémites et les boneheads, l’Anti-Defamation League était très bien. Elle dénonçait, avertissait, réprimandait et poursuivait (ndlr : en justice). Dans chaque ville comprenant une population juive importante, l’A.D.L. fonctionnait comme un « Département de Défense Civile ».

Mais quelque part dans la fin des années 70, le virus de l’antisémitisme a commencé à se transformer. Les accusations séculaires contre les Juifs et leur religion étaient redirigées vers l’Etat juif et ses soutiens juifs.Les salissures antisémites étaient juste utilisées pour faire d’Israël « le Juif des nations » – un art dans lequel les Nations Unies ont excellé. Et une bonne partie de cette haine provenait des libéraux et des gauchistes, en plus des traditionnels antisémites (suprématistes blancs, néo-Nazis, etc.)

Seulement, l’Anti-Defamation League et ses donateurs (scotchés dans le passé, comme de vieux généraux s’étant battus dans la dernière guerre) ne peuvent pas ou ne veulent pas s’adapter.

L’A.D.L. est née de la politique progressiste, combattant la haine du Juif de la droite, et soutenant la justice sociale. Le groupe a choisi de rester là, même si, à mon avis, les menaces de la « gauche » éclipse, à présent, celles de la droite en intensité et en portée. Et donc l’A.D.L. continue d’envoyer ces cartes postales (de collecte de fond) avec des svastikas trouvées dans une salle de bain de l’Iowa, et lancer des campagnes contre Pat Robertson qu’elle a dépeint comme étant un même type de  menace de droite que nous avons tous un jour connu (même si beaucoup de monde, maintenant, croient que Robertson et les chrétiens évangéliques sont les meilleurs alliés d’Israël et des Juifs.

Alors qu’elle ignore l’antisémitisme provenant de la gauche, l’Anti-Defamation League se dérobe à la haine islamique du Juif, la plus grande menace de la planète sur la vie juive, de peur d’être étiqueté « islamophobe » par ses alliés de gauche. Certains chercheurs expliquent à présent que le nouvel antisémitisme est propulsé  par une « alliance rouge-vert », ou de l’extrême gauche et des islamistes. L’A.D.L. hésite à défendre les Juifs contre l’une ou l’autre menace.

Morton Klein, de la Zionist Organization of America (ZOA), ainsi que d’autres comme lui, qui ont fait pression sur l’A.D.L. pour condamner Sarsour avaient raison, et ils méritent d’être félicités pour avoir braqué les projecteurs sur le scandale Sarsour/A.D.L.. La faiblesse de l’Anti-Defamation League dans cette controverse est emblématique de son échec à s’adapter au nouvel antisémitisme. Et c’est un rappel opportun à la Communauté juive américaine du besoin d’une nouvelle et audacieuse direction, qui soit prête au défi de la confrontation à ces temps dangereux.

 

 


What’s Happened to the Anti-Defamation League?

 

JUNE 4, 2017

by Charles Jacobs

Where is the Anti-Defamation League (ADL)?

As a “new antisemitism” casts the Jewish state as the cruelest of nations, and her Jewish supporters as “racists,” the ADL has been largely silent. The lies are spread in newspapers, churches and college classrooms. On campuses, Jewish students are harassed and intimidated. Even the curricula in many public high schools and middle schools is biased against Israel. Yet the ADL, once the Jewish people’s defense agency, seems unable or unwilling to effectively fight back.

Case in point: Linda Sarsour, a virulently anti-Israel Islamist who is a supporter of terrorists, and a defender of Sharia law, was a featured speaker at the City University of New York (CUNY) School of Public Health’s graduation on June 1.

Yet it was only after weeks of silence, and only when upbraided for that despicable silence, that the ADL finally issued a statement criticizing Sarsour. (Ms. Sarsour is an antisemite who fights to bar Jewish women from the “feminist” movement unless they renounce Israel, and has tweeted that, “Nothing is creepier than Zionism.”

And even the ADL’s belated criticism of Sarsour, penned by its CEO, Jonathan Greenblatt, was weak. The ADL statement rejected Sarsour’s support of BDS, but it supported CUNY’s decision to invite her, citing her “right to free speech.” But, as former CUNY trustee Jeffrey Weisenfeld has pointed out, allowing someone to speak and giving them one of the most honored platforms that a university can provide are two different things. Even Abe Foxman himself, the legendary ADL leader who reportedly selected Greenblatt as his heir, unblinkingly told reporters that CUNY should not have invited Sarsour.

The ADL’s problem is that it has never figured out what to do about “the new antisemitism” — which is exactly what Sarsour represents.

When the enemies of the Jewish people were only Nazis, neo-Nazis, Christian antisemites and skinheads, the ADL did just fine. They exposed, they warned, they scolded and they sued. In every city with a sizable Jewish population, the ADL functioned as the Jewish “Civil Defense Department.”

But sometime during the late 1960s, the virus of antisemitism began to morph. Age-old accusations against the Jews and their religion were re-directed toward the Jewish state, and its Jewish supporters. Antisemitic smears were used to paint Israel as “the Jew among nations” — an art that the United Nations has perfected. And much of this hate comes from liberals and leftists, along with the traditional antisemites (white supremacists, neo-Nazis, etc.)

But the ADL and its donors — stuck in the past, like old generals fighting the last war –– cannot or will not adjust.

The ADL was born on the progressive side of politics, fighting right-wing Jew-hatred, and supporting social justice. The group has chosen to stay there, even when — in my view — the threats from the “left” now eclipse those of the right in their intensity and reach. And so the ADL kept sending those (fundraising) postcards with swastikas found in bathroom stalls in Iowa, and campaigned against Pat Robertson, whom it painted as the same sort of right-wing threat that we all once knew — even though many people now believe that Robertson and Christian evangelicals are Israel’s, and the Jews’, best allies.

And as it ignores antisemitism from the left, the ADL has similarly shrunk from confronting Islamic Jew-hatred — the biggest threat to Jewish life on the planet — for fear of being labelled “Islamophobic” by its left-wing allies. Some scholars now describe the new antisemitism as being propelled by a “Red-Green Alliance” — of radical leftists and radical Islamists. The ADL hesitates to defend the Jews against either threat.

Morton Klein, of the Zionist Organization of America, and others like him who pressured the ADL to condemn Sarsour were right, and they deserve credit for shining a light on the Sarsour/ADL scandal. ADL’s weakness on this controversy is emblematic of its failure to adapt to the new antisemitism. And it is a timely reminder to American Jewry of the need for a new, and bold, leadership that is up to the challenge of confronting these dangerous times.

2 thoughts on “Qu’arrive-t-il à l’Anti-Defamation League ? (Charles Jacobs)

    1. Bien que la LICRA n’ait jamais eu le même statut, la même importance, le même degré d’implication, ni le même impact dans la vie juive (la LICRA est infiniment moins active dans la vie juive que l’A.D.L. de laquelle elle est déconnectée) que ce qu’avait longtemps eu l’Anti-Defamation League, je comprends ce en quoi tu les compares.

      Pour l’article de Shmuel Trigano, je te remercie. Je viens de le lire et, bien qu’habituellement j’aime bien ses articles que je trouve pertinents, clairs, précis et efficaces, je trouve celui-ci complexe, plutôt brouillon, tournant autour du pot et peu concluant, au niveau de l’analyse (Lol ! Remarque, c’est peut-être aussi parce que je viens de me réveiller. J’ai travaillé tard hier soir sur mon blog sur deux très très longs articles que je n’ai toujours pas fini d’écrire. Ça fait de nombreux jours que je suis dessus. Et j’ai du mal à démarrer au réveil… Mes actions et mes pensées vont au ralenti, ce qui fait que je n’ai peut-être pas encore tous mes esprits pour comprendre les propos de Shmuel Trigano dans son article).

      Ce qui m’étonne de sa part, dans cet article justement, c’est qu’il semble s’attaquer à l’idée même de la mise en garde de la menace du F.N. C’est un propos que je ne l’ai jamais vu tenir. Au contraire, à mon souvenir, il a toujours bien souligné l’importance de deux menaces à l’encontre de la communauté juive : l’islamisme et l’extrême droite (ce à quoi j’ajouterais également l’extrême gauche, ce que souligne parfaitement l’article de Charles Jacobs que tu commentes). Donc son propos m’étonne beaucoup, il donne l’impression que la menace du F.N. n’est finalement pas si grande mais qu’elle est utilisée et grossie pour cacher des agressions subies par les Juifs. Mon avis est que la menace du F.N. est bien aussi présente que ce ce que l’on dit, ce n’est pas du cinéma, et oui, les Juifs comme toutes les autres communautés qui vivent en France, sont effectivement menacés par l’extrême droite. Plus que jamais. Ce qui est épouvantable, c’est la volonté de taire les attaques perpétrées par les islamistes et l’extrême gauche quotidiennement à l’encontre des Juifs et que l’on ne montre que la menace de l’extrême droite.

      Encore une fois, je le redis : L’A.D.L. et la LICRA sont deux organismes qui peuvent difficilement être comparés en termes d’implication dans la vie juive. Même le CRIF (pourtant plus présent que la LICRA dans la vie juive) ne peut pas tenir la comparaison avec l’Anti-Defamation League…

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