Don’t patronize me ! (‘Ami Artsi עמי ארצי)


Donald Trump, je ne le connaissais pas avant qu’il ne soit candidat aux élections présidentielles des Etats-Unis, et je dirais même que je ne le connaissais pas avant son discours à Jérusalem en 2017.

Je n’ai jamais fait partie du Trump bashing, et même au contraire : quand tout le monde tombait sur Trump, je prenais sa défense en vérifiant chacune des accusations portées contre lui par les médias U.S. et les médias européens et en dénonçant les impostures et elles étaient nombreuses.

J’ai eu de nombreuses discussions avec des amis, souvent assez houleuses, pour défendre Trump contre les reproches infondés qu’ils lui faisaient.

Je ne suis donc pas de ceux qui n’attendent qu’une occasion pour le démolir.

Mais je n’ai jamais été non plus un fan hardcore de Trump, prêt à lui confier aveuglément ma vie sous prétexte que son prédécesseur était pire.

Je restais dans l’expectative et j’attendais des éléments concrets pour commencer à me forger un avis. Mais je ne voulais ni qu’il soit dicté par les uns ni par les autres.

Je ne prétends pas, aujourd’hui, le connaître sur le bout des doigts, mais j’ai pu déceler certains éléments très révélateurs et assez déplaisants dans l’attitude de Trump pendant son discours à Jérusalem, le 22 mai 2017 en plus de certains gestes… ou plutôt non-gestes de la part de lui et son administration. 

Commençons par le début

Donald Trump promet beaucoup de choses impressionnantes à Israël mais agit terriblement peu (effet poudre aux yeux) :

Tout d’abord pour bien comprendre la démarche globale de Trump, il faut rappeler son slogan « America First ! », ce qui veut bien dire que si les intérêts des Etats-Unis menacent Israël, il n’hésitera pas à sacrifier Israël sur l’autel des intérêts américains.

  • Obama, juste avant de quitter la Maison Blanche a fait le coup vicieux d’ordonner un versement cadeau à l’Autorité Palestinienne. Versement qui avait, prétendait-on été annulé par l’administration Trump de justesse.

En réalité, ce versement est bien arrivé à destination. Et Trump a même, un peu plus tard, décidé d’augmenter le montant des versements effectués par les Etats-Unis à l’A.P. 

  • L’une des toutes premières choses qu’il ait dite avant d’être élu, c’est qu’Israël avait été très mal traité par l’administration Obama, ce qui était vrai, et qu’avec lui, les choses allait changer du tout au tout.

Nikki Haley, ambassadrice des Etats-Unis auprès des Nations Unies sous l’administration Trump, avait effectivement bien commencé son boulot en défendant Israël contre les attaques injustes que les Nations Unies portaient contre Israël, dénonçant et critiquant celles-ci, mais dernièrement elle a proposé aux Nations-Unies un inversement des priorités, ce qui, de fait, impliquait la reconnaissance de la légitimité des reproches faits contre Israël par l’O.N.U. mais en contestait uniquement l’importance.

Jonathan Pollard est toujours emprisonné. Trump ne l’a pas libéré. Il l’a laissé dans la nouvelle cellule que lui a donné Barack Obama, une cellule qui ne porte plus un numéro mais un nom « Etats-Unis ». Il n’a pas le droit d’en sortir, il est sous étroite surveillance, il ne peut pas s’exprimer dans les médias, et Trump n’a rien fait pour lui depuis son arrivée à la Maison Blanche.

  • L’une des toutes premières promesses électorales de Donald Trump (si ce n’est la première) était de déplacer l’ambassade des Etats-Unis de Tel Aviv à Jérusalem. Il a même dit que ce serait la première chose qu’il ferait s’il était élu. Il a d’ailleurs fait le buzz à ce sujet.

Ça fait 6 mois qu’il est élu et 4 mois qu’il a pris ses fonctions, or il n’a, à ce jour, rien fait de tel. On a eu des échos selon lesquels il n’allait pas le faire, des échos selon lesquels il allait le faire, certains responsables de l’administration Trump disaient que Trump y était fermement décidé, que c’est un homme de parole, qu’il attendait sa venue en Israël pour en faire l’annonce publique. Il est venu en Israël, il n’a rien dit au sujet du transfert.

  • Trump a dit qu’il s’engageait fortement à lutter contre l’antisémitisme

Pourtant il s’est avéré qu’il s’entend très bien avec Louis Farrakhan de Nation Of Islam, qui est un antisémite notoire (d’ailleurs, celui-ci avait appelé à voter Trump) ! Comment expliquer alors cette contradiction ?

  • Trump a dit que les constructions juives n’étaient absolument pas un obstacle à la paix.

Pourtant il a demandé à Netanyahou de geler les constructions en disant que ça n’aidait pas à la paix. Par ailleurs, lorsque Trump devait faire sa tournée au Moyen-Orient, lorsque les responsables israéliens ont évoqué le fait que Netanyahou pourrait accompagner Trump au Kotel, le porte-parole de la Maison Blanche leur a rétorqué « En quoi cela vous regarde-t-il ? Le Mur Occidental n’est pas votre territoire ! » Vu le scandale suscité par ces propos, l’administration Trump a, ensuite, tenu, à déclarer qu’ils ne reflétaient pas ce que pensait Trump. Il n’en demeure pas moins que l’on se demande ce qu’espère Donald Trump en s’entourant de pareilles personnes ! Après avoir fait son discours à Jérusalem, Trump a demandé à Israël de faire de certains territoires de zone C (sous contrôle militaire et civil israélien) des territoires de zone B (contrôle civil « palestinien » et militaire israéliens) en signe de bonne volonté vis-à-vis des Arabes dits « palestiniens ». Pendant son discours à Jérusalem, Trump a d’ailleurs dit qu’il faudra que les deux parties prennent des décisions difficiles.

Les exemples permettant de douter de la sincérité de Trump concernant Israël et les Juifs sont multiples, mais concentrons-nous uniquement sur la venue de Trump à Jérusalem :

Trump arrive avec le discours qui est « La paix, c’est super simple ! », expliquant que si nous sommes toujours en conflit, c’est à cause des dirigeants qui mettent de la mauvaise volonté pour résoudre ce conflit, et que s’il se poursuit, c’est parce qu’ils considèrent n’avoir pas « assez de bains de sangs, assez de meurtres ».  Donc les Juifs sont des idiots qui sont incapables de résoudre un problème simple en « un demi siècle ou plus » et qu’ils veulent verser le sang (on n’est pas loin du « blood libel » si cher aux antisémites, là !) et que lui, l’Américain futé et vraiment pacifique, va apporter ZE solution ! Celle à laquelle PERSONNE n’a jamais pensé !

Son idée d’être celui qui apporte la solution à laquelle personne n’a pensé aurait pu se tenir s’il connaissait à fond le dossier avec tous les tenants et les aboutissants… Après tout, Trump pourrait être un génie, pourquoi pas ? Mais il ne connaît rien de ce dossier et arrive en parfait amateur.

Puis il continue sur sa lancée :

« Il y a ceux qui présentent des faux choix. Ils disent que nous devons choisir entre soutenir Israël et soutenir les nations arabes et musulmanes dans la région.

C’est complètement faux. »

C’est, hélas, complètement VRAI ! Les Arabes ayant voulu tuer les Juifs un nombre incalculable de fois, les soutenir, c’est les renforcer leurs rangs contre les Juifs…

Mais l’on sait bien pourquoi il a dit cela : parce qu’il vient de signer un très important contrat d’armement de l’Arabie Saoudite de 460 MILLIARDS de dollars !!!

L’Arabie Saoudite s’est engagée à verser 110 milliards immédiatement (le 21 mai 2017) et 350 milliards dans la décennie !

Trump ne prend pas en compte les retombées, ni pour les Juifs (Israël) ni pour le monde, tout ce qu’il lui importe c’est de rentrer aux Etats-Unis avec une mallette pleine de billets… America First !

Les Etats-Unis ont besoin de l’argent de l’Arabie Saoudite et de la technologie israélienne et Trump s’arrange pour obtenir ces deux tableaux à court terme, mais il ne se préoccupe ni du moyen, ni du long terme. Et c’est cela qui est effrayant et dangereux !

Et ce qui importe pour l’Arabie Saoudite, c’est de repartir avec des conteneurs pleins d’armes les plus sophistiquées.

Peu importe à Trump qu’elle s’en serve contre l’Etat juif ou contre la France, et ce n’est pas son emphatique « Je veux envoyer nos condoléances aux nombreuses familles qui ont perdu des êtres chers. Horribles, horribles blessures. Terribles. » qui y changera quelque chose. Il avait besoin de sous, il l’a fait ! Il nomme l’Arabie Saoudite à la tête d’un centre de recherche de financement terroriste, elle, qui est le plus grand pourvoyeur de fonds du terrorisme international avec l’Iran et le Qatar, elle qui a financé l’attentat du World Trade Center, qui a fait 2 977 morts !!! Mais… comme il l’affirme lui-même devant son public israélien « Le Roi Salmane est un homme très sage »

D’ailleurs, j’ai noté la différence de ton du discours de Trump en Arabie Saoudite, « nous ne sommes pas ici pour dire à d’autres peuples comment vivre, quoi faire, qui être ou comment pratiquer la religion. » (Trump en Arabie Saoudite 21/05/2017), et « je demande à tout le monde; aux Juifs, aux Chrétiens, Musulmans, à toutes les tribus, à toutes les croyances, de s’inspirer de cette ancienne cité, pour mettre de côté nos différences sectaires, pour surmonter l’oppression et la haine » (Trump en Israël le 22/05/2017). Non pas que je sois pour le sectarisme, l’oppression et la haine, certainement pas ! Mais il faut reconnaître que selon le lieu où il se trouve, son discours change.

En Arabie Saoudite, il s’est bien gardé de pareils discours ! Il leur passe un maximum de pommade (ce qu’il fait dans une bien moindre mesure en Israël) et évite soigneusement les propos insultants (ce qu’il ne fait pas du tout en Israël) « J’aimerais remercier le Roi Salmane pour ses mots extraordinaires, et le magnifique Royaume d’Arabie Saoudite (…) Je suis honoré d’être reçu par des hôtes aussi gracieux. J’ai toujours entendu parler de la splendeur de votre pays et de la gentillesse de vos citoyens (…) ne rendent pas justice à la grandeur de ce remarquable lieu et de l’incroyable hospitalité que vous nous avez montrée (…) Laissez-moi, à présent, étendre aussi ma profonde et cordiale gratitude à (…) Vous nous honorez grandement de votre présence, et je transmets les plus chaleureux égards de mon pays au vôtre (…) Je sais que le temps que nous passons ensemble apportera de nombreuses bénédictions à votre peuple et au mien. Je me tiens devant vous, en tant que représentant du peuple américain, pour délivrer un message d’amitié, d’espoir et d’amour. J’ai également promis que l’Amérique ne chercherait pas à imposer notre mode de vie à d’autres peuples (…) ont été remplis d’une grande et chaleureuse bonne volonté et d’une formidable coopération (…) Cet accord historique inclut l’annonce de 110 milliards de dollars d’achats de fournitures militaires par l’Arabie et nous serons sûrs d’aider nos amis saoudiens à obtenir un bon accord de nos grandes compagnies de défense américaines… je veux exprimer notre gratitude au Roi Salmane pour sa forte démonstration et pour son incroyable et puissant leadership (…) Nous ne sommes pas ici pour discourir, nous ne sommes pas ici pour dire à d’autres peuples comment vivre, quoi faire, qui être ou comment pratiquer la religion. Nous sommes plutôt là pour offrir un partenariat basé sur des intérêts communs et des valeurs (…) Le Moyen-Orient est riche de beauté naturelle, de vibrantes cultures et de massives quantités de trésors historiques (…) La région fertile, si fertile, a tous les ingrédients pour un extraordinaire succès, une riche Histoire et culture, un peuple jeune et vibrant, un esprit dynamique d’entreprise »

Pour leur passer une couche supplémentaire de pommade, Trump n’hésite pas à attribuer un patrimoine qui n’est pas le sien au peuple Arabe

« L’Egypte a été un centre dynamique d’apprentissage et de réalisation des milliers d’années avant d’autres parties du monde. » Oui, mais pas l’Egypte arabe !!

« Partout sur la planète, les gens rêvent de marcher au milieu des ruines de Petra, en Jordanie. » Tout d’abord, c’est faux : si l’on interroge des gens dans la rue « Quel est votre plus grand rêve ? », il y a peu de chance qu’ils répondent « Marcher au milieu des ruines de Petra, en Jordanie »… Il y en a, bien sûr… Mais pas autant que ne le prétend Trump. Ensuite, Petra n’est pas une ville arabe et ce n’est donc pas un vestige arabe, mais édomite.

« L’Irak a été le berceau de la civilisation et est un pays de beauté naturelle. » Pas l’Irak ! Babylone ! Et ce pays n’était pas arabe non plus à cette époque ! Il était amorrite !

Dans son discours à Jérusalem, Trump dit qe les deux parties vont devoir prendre des décisions difficiles mais pour le moment, et comme c’était le cas dans toutes les administrations U.S. précédentes, les seules personnes à qui l’on demande réellement de prendre des décisions difficiles, ce sont les Juifs. Trump a demandé à Israël de verser de l’argent à l’A.P. en signe de bonne volonté, puis, jugeant que le montant versé n’était pas suffisant (il ne l’est jamais, à mon avis !), il a demandé à Israël de transformer (comme évoqué plus haut) certains territoires de zone C en zone B. Les zones ont été établies par les accords d’Oslo qui sont parvenu, en échange du renoncement par l’O.L.P. à la lutte armée, à convaincre Israël de laisser certaines zones être gérées totalement (zone A) ou partiellement (zones B) par les Arabes dits « palestiniens ». L’O.L.P. n’a jamais tenu ses engagements, Israël, si. Et aujourd’hui, Trump voudrait que les quelques zones laissées entièrement à Israël lui soient partiellement (progressivement ?) retirées. Mais du côté des Arabes dits « palestiniens », nous n’avons pas encore vu de décisions difficiles qui leur aient été demandées par Trump…

Trump termine son discours par un très colonialiste « nous créerons une force pour défendre notre nation » , désignant de fait Israël comme une nation des Etats-Unis.

Et Trump de conclure par la dernière vacherie « Je demande à ce pays de promesses de me rejoindre pour combattre nos ennemis communs, pour suivre nos valeurs communes et pour protéger la dignité de chaque enfant de Dieu »… comme si nous violions la dignité de qui que ce soit !

Le ton employé par Trump ainsi que ses mots me déplaisent fortement. Il y a quelque chose que je ressens très fortement comme condescendant, féodal et paternaliste, en plus d’être insultant, vis à vis du peuple juif et de l’Etat d’Israël dans son attitude comme dans ses propos. Il y a le côté protecteur mais à la fois dominant, quelque chose d’un peu mafieux qui me déplaît foncièrement.

Le problème est qu’après les deux mandats absolument épouvantables d’Obama pour le peuple juif et leur Etat, il est fort à parier que beaucoup de Juifs, trop heureux de voir enfin une attitude moins ouvertement hostile, ne voudront pas voir la réalité parce qu’ils auront envie de croire en Trump, parce qu’il a promis beaucoup de choses à notre peuple, y compris le fait de rester toujours à ses côté et être un grand ami à lui.

Mon problème, c’est que ce ne sont que des promesses et j’attends de les voir se changer en actes, et pour le moment, tous les actes que je vois venant de Trump trahissent ses promesses.

Trump nous prend de haut, et il s’attribue des mérites qu’il n’a pas, ce n’est pas ce que j’appelle une attitude amicale.

Avant d’écrire cet article, le titre et le contenu m’étaient venu immédiatement en tête « Don’t patronize me ! » (« Ne me soyez pas condescendant »). La phrase est à la 1è personne du singulier, mais c’est en tant que membre du peuple juif que je parle. Ne nous prenez pas pour des idiots. Respectez-nous. Nous ne nous traitez pas en vassaux. 

‘Ami Artsi עמי ארצי

 

 

One thought on “Don’t patronize me ! (‘Ami Artsi עמי ארצי)

  1. Ne prends pas les gesticulations publiques obligées (dont les discours) pour argent comptant. Seule compte la réalité des tractations, forcément secrètes. Bon résumé sur le site de menapress. Si tu n’es pas abonné, je peux te l’envoyer.

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