Quand l’extrême de la conscience mène à l’inconscience (le cas Golan)

Les Juifs ont tant souffert de persécutions, d’humiliations, d’expropriations, etc… que leur cauchemar est que quelqu’un fasse à nouveau subir ça un jour à qui que ce soit. Et pire encore si ce quelqu’un, c’est nous !

C’est le talon d’Achille de la société israélienne savamment exploité par tous nos ennemis, une faille exploitée à outrance par nos détracteurs d’Europe et du monde arabo-musulman, une brèche que nos adversaires ne se privent pas d’utiliser à toutes les sauces afin de délégitimer notre pays sur la scène international et le rendre haïssable, afin de l’isoler et de le rendre vulnérable, et de nous diviser nous, cette fois en tant que peuple (sans doute pour le même objectif).

Alors qu’une partie importante parmi nous fait tout et multiplie les garde-fous pour s’assurer que cela ne se produise jamais, cette fragilité, cette vulnérabilité pousse certains d’entre nous, croyant vivre dans l’enfer de la réalisation de notre pire cauchemar à tous, à se laisser berner par la propagande arabe insistante et la propagande européenne (qui lui est calquée pour des raisons bassement mercantiles et un désir inavoué de voir le travail de Hitler être terminé concernant les Juifs).

La culpabilisation marche à fond chez eux, une culpabilisation basée sur des faits inexistants, fabriqués et facilement démontables. Mais submergés par l’émotion de voir leur pire cauchemar se réaliser, ils n’ont ni le recul nécessaire ni le sang suffisamment froid pour vérifier le bienfondé de ces éléments. Leur faiblesse est exploitée par les judéophobes afin de fragiliser notre Etat, de diviser notre peuple, et de nous mettre, lui et nous, au ban des nations, montrés du doigt, conspués, insultés… Nous rendre personna non-grata avant, l’espère-t-ils, nous supprimer tranquillement sans avoir à craindre de soutiens entravant cette entreprise.

La 1ère étape de ce projet macabre est de nous fragiliser en nous divisant, d’utiliser certains d’entre nous contre nous… un dicton antifasciste espagnol ne dit-il pas « Un pueblo unido jamas sera vencido ! » (« Un peuple uni jamais ne sera vaincu ! »)?

C’est d’ailleurs un sujet connu internationalement.

En France, n’existe-t-il pas une formule « Diviser pour mieux régner » ? Ou encore « L’union fait la force » ?

Nous-mêmes, Juifs, avons fait les frais de notre division en tant que peuple, la sinat ‘hinam (la haine gratuite) a provoqué la destruction du 1er Temple et notre 1er exil.

L’autre partie d’entre nous, la plus importante en nombre, heureusement, n’est pas dupe parce qu’elle sait que les gardes-fous sont là et que nous ne sommes, de toutes façons, pas capables de faire ce que l’on nous a fait subir, JUSTEMENT PARCE QU’ON nous l’a fait un jour subir et que nous savons ce que c’est d’être expropriés, persécutés, humiliés, génocidés, etc… et que nous savons que notre sécurité nous autorise à aller assez loin pour la défendre, mais pas trop non plus pour ne pas devenir ce (ou ceux) que nous combattons.

Le cas le plus récent du Juif culpabilisé et manipulé s’appelle Yaïr Golan.

Deputy IDF Chief of Staff, Yair Golan, seen during the remembrance ceremony for soldiers whose place of burial is unknown, at Mount Herzl Military Cemetery, February 26, 2015. Photo by Hadas Parush/Flash90 *** Local Caption *** ??? ?????? ???? ???? ??? ??????? ????? ?????? ????? ????? ?????? ?? ???? ??? ????

Il est chef-adjoint de l’état-major de Tsahal… Mais avant tout il est un Juif victime de sa névrose. Cette névrose est la peur de ressembler à ceux qui nous ont persécutés, assassinés, torturés, etc…

Il a déclaré, le jour du Yom HaShoah, à l’institut Massoua, au Kibboutz Tel Haï

« S’il y a quelque chose qui me fait frémir dans le souvenir de la Shoah, c’est le fait de déceler avec effroi que les processus qui se sont déroulés en Europe et surtout en Allemagne il y a 70, 80 et 90 ans se produisent aujourd’hui parmi nous (…) Rien n’est plus facile que de haïr l’étranger, rien n’est plus facile que de semer la peur, rien n’est plus facile que de se transformer en bête… »

Les réactions n’ont pas manqué :

Yohaï Danino sur le site orthodoxe Kol Hazeman « de tels propos prononcés par un non-juif en Europe auraient déjà été dénoncés comme de l’antisémitisme pur ! »

Betzalel Smotritch (du parti Habayit Hayehoudi): « Ce qui me fait peur à moi, c’est cette comparaison complètement grotesque et tronquée qui porte atteinte au souvenir de la Shoah, et c’est d’autant plus grave lorsque cela vient de la bouche de personnalités importantes telles qu’un chef d’Etat-major adjoint de Tsahal ». Le député demande au général Golan de lui donner des exemples de faits similaires entre Israël d’aujourd’hui et l’Allemagne nazie! « Êtes-vous tombé sur la tête ? », lui demande-t-il.

Le journaliste Shimon Riklin a aussi réagi: « Dans un pays normalement constitué un officier supérieur qui aurait tenu de tels propos aurait été limogé sur le champ. Toute tentative de vouloir montrer ne serait-ce qu’une ressemblance minime entre Israël et les nazis est tout simplement méprisable ».

Le Premier Ministre Binyamin Netanyahou a déclaré à Yaïr Golan qu’l devait faire son examen de conscience pour avoir dit ce qu’il a dit.

Bien sûr certains dans le monde se diront « Il doit savoir de quoi il parle, c’est tout de même le chef adjoint à l’état-major, ce n’est pas rien ! »

En fait, il peut avoir le grade qu’il veut, cela ne rend pas son propos plus crédible car il ne parle pas de l’attitude de Tsahal, il évoque une méfiance, voire une suspicion, porté par les Israéliens juifs à l’encontre d’Arabes (israéliens comme palestiniens) et qu’il assimile, à tort, à de la xénophobie. Cette méfiance est légitime et logique étant donné le contexte, et si elle laisse place à de la suspicion après une période d’attaques comme celle qu’a traversé Israël, c’est aussi parfaitement cohérent et cela ne saurait être répréhensible… Sauf aux yeux d’Arabes antisémites (ou plutôt judéophobes, puisqu’ils sont aussi, tout comme les Juifs, des sémites) qui dénonceront les réactions israéliennes générées pourtant directement par le comportement violent et hostile de leur population à l’encontre des Juifs, les présentant comme des comportements injustes et racistes !

Cela ne prend en général pas, sauf chez ceux parmi nous qui ont cette névrose qui les dévore vivants et leur fait craindre de ressembler à nos persécuteurs historiques.

Yaïr Golan, chef d’état-major adjoint de Tsahal a établit un parallèle entre la société israélienne et l’Allemagne d’avant-guerre (donc l’Allemagne nazie) en évoquant un comportement méfiant qu’il définit comme une version israélienne de la xénophobie de l’Allemagne nazie… Avant de tenter de se rattraper mais le mal est fait.

Le chef d’Etat-major Gadi Azeincot n’a pas l’intention de réclamer sa démission et Yaïr Golan lui-même n’a pas l’intention de présenter sa démission.

Une femme a répondu à son propos par une lettre ouverte. Elle est âgée de 94 ans et est elle-même rescapée de la Shoah. Elle s’appelle Ra’hel. Je lui laisse la parole :

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« Monsieur le chef d’état-major adjoint, Yaïr Golan,

Je m’appelle Rahel Zini , j’ai 94 ans et je suis rescapée de la Shoah. J’ai été très attristée d’entendre vos déclarations le jour de Yom HaShoah. La comparaison que vous avez faite entre l’Allemagne d’avant-guerre et Israël d’aujourd’hui me parait tout à fait infondée et est probablement due à l’ignorance d’une époque où vous n’étiez sans doute pas né. Je souhaite à mon tour faire quelques comparaisons.

Mon père terminait ses études d’avocat à Berlin en 1916 du fait du numerus clausus qui l’empêchait en tant que juif d’étudier à Budapest. C’est à l’université de Berlin qu’il a vu les prémisses du nazisme, où les étudiants, avec l’assentiment de leurs professeurs, rouaient de coups les étudiants juifs. En Israël, non seulement les étudiants arabes peuvent étudier où bon leur semble, mais ils bénéficient de surcroit d’une discrimination positive.

J’ai été témoin et victime de la cruauté des médecins allemands, dont Mengele. Cet hiver, hospitalisée à Hadassah, j’ai constaté l’humanité sans bornes des médecins juifs, vis-à-vis de tous, y compris du terroriste qui se trouvait dans le lit proche du mien.

Je me souviens de l’indifférence de la Croix-Rouge qui a refusé d’aider ou d’écouter les juifs. Je vois tous les jours le dévouement de Maguen David Adom et de Zaka qui traitent tous de façon égale, y compris ceux venus pour tuer.

J’ai vécu le déchainement des parlements européens, de la presse et de l’intelligentsia contre les juifs, tout particulièrement contre ceux qui avaient donné le plus à leur patrie, comme Léon Blum. Ici je vois à la télévision Hanin Zoabi, membre de la Knesset, féliciter en toute liberté de parole, les parents des terroristes.

J’habite à quelques centaines de mètres de l’endroit où une jeune fille a été gravement brulée dans un attentat contre un autobus. Que ce soit à la poste, à la banque ou dans les magasins, je vois l’entière liberté dont jouissent les arabes. Et je me souviens des autorités hongroises qui ont fait nettoyer par les avocats juifs les rues de la Pusta hongroise avec une brosse à dents.

J’ai vu le sadisme du commandant de Plashov qui a envoyé sur mon amie son chien lui arracher les 2 seins en criant « Jude ». J’ai entendu mes beaux-frères raconter la jouissance des soldats hongrois qui ont transformé le « Beau Danube Bleu » en fleuve rouge du sang des Juifs qu’ils abattaient; celle des soldats allemands qui ont abattu et enterré vivants 3 000 Juifs de Krakow. La cruauté de la police n’avait pas de limite, notamment celle de la police française qui a livré les enfants juifs que les nazis ne demandaient pas. J’ai la chance d’avoir ici près de 40 petits-enfants et 120 arrière-petits-enfants. Je les ai vus, eux et leurs amis, lorsqu’il l’a fallu partir en milouim ou à la guerre, le faire avec courage et détermination, mais toujours à contre cœur. L’immense majorité de la jeunesse de ce pays ne rêve que de vivre en paix.

Au nom de mon père Aladar Csanki qui a cru en la démocratie Tchécoslovaque et qui l’a payé de sa vie à Sobibor, de ma sœur Anne, gazée pour être arrivée enceinte à Auschwitz et de mon cousin de 8 ans André, lui aussi gazé et à qui personne n’avait enseigné le maniement du poignard, je vous demande de maintenir une armée forte et déterminée. Qu’un excès de compassion pour ceux qui veulent notre disparition ne cause pas la mort d’autres enfants juifs.

Venez me voir si vous en trouvez le temps. Je vous raconterai bien d’autres choses.

Respectueusement, »

http://lphinfo.com/2016/05/08/rahel-zini-94-ans-et-rescapee-de-la-shoah-repond-a-yair-golan/